Marie-Ange Debon à Paris, le 23 avril 2026. ( AFP / JOEL SAGET )
La Poste, deux mots qui évoquent facteurs, camionnettes jaunes et zones rurales. Mais la multinationale est surtout "un des fleurons de l'économie française", insiste sa nouvelle PDG Marie-Ange Debon qui compte en accélérer le développement à l'étranger.
Son histoire "est tellement forte que, parfois, nos compteurs se sont arrêtés à une époque très ancienne". Mais la femme qui a pris les rênes de l'entreprise multicentenaire et qui, à 60 ans, a même connu "un passage du facteur le matin et un le soir" ne cède pas à la nostalgie et entend poursuivre la transformation de La Poste mise en oeuvre par son prédécesseur, Philippe Wahl, explique-t-elle dans un entretien à l'AFP.
"La puissance de La Poste comme entreprise", plus "gros(se) que Danone, Thales ou Safran", en termes de ventes, reste "mal connue" d'une partie de ses partenaires et du public, focalisée sur les missions de service public de la marque à l'oiseau bleu, estime la dirigeante arrivée en octobre 2025.
Si La Poste, détenue à 66% par la Caisse des Dépôts et à 34% par l'Etat, se doit de distribuer la presse et le courrier, de contribuer à l'aménagement du territoire avec ses services de proximité et de permettre un accès bancaire facilité, elle est surtout une multinationale aux 34 milliards de chiffre d'affaires en 2025, dont 45% réalisés à l'étranger.
Employant 230.000 personnes, La Poste est un des leaders du colis en Europe mais est aussi présente au Brésil par exemple. Le Brésil est le deuxième pays le plus contributif, après la France, au chiffre d'affaires du groupe, a précisé la direction à l'AFP.
En outre, face à la baisse drastique des volumes de courrier "depuis 18 ans", passés de 17 milliards de plis distribués en 2007 à 5 milliards aujourd'hui, elle a dû "se réinventer", rembobine Mme Debon. D'abord dans la finance, avec désormais la Banque Postale et CNP Assurances, un de ses moteurs de croissance, puis dans le colis et à l'international.
Une transformation "qu'il faut poursuivre", juge l'ex-présidente de la filiale de la SNCF Keolis, notamment en faisant "émerger et grandir" les marchés internationaux et en ne se contentant pas "d'un modèle français qu'on exporte" mais aussi en prenant "du positif dans d'autres environnements".
- Attachement "émotionnel" -
La nouvelle dirigeante, diplômée d'HEC et de l'ENA, compte bien mettre à profit sa "double culture public-privé" pour optimiser le modèle de La Poste - elle a été magistrate à la Cour des comptes, directrice générale adjointe de France 3 et de Suez et a également oeuvré chez Thomson (aujourd'hui Technicolor).
"Il y a cette double dimension services publics/entreprise qu'on doit faire coexister", juge-t-elle.
Or, La Poste se heurte à deux principes de réalité: l'Etat ne compense pas entièrement le coût des quatre missions de service public, chroniquement déficitaires, provoquant un trou d'environ un milliard d'euros par an dans les finances du mastodonte.
Autre écueil: la désaffection de certains bureaux de poste, malgré l'attachement "émotionnel" du public à l'entreprise.
Marie-Ange Debon constate que "20% des agences postales communales ont moins de deux visites par jour". Celle qui a signé pour maintenir le navire à flot pour les cinq prochaines années est une pragmatique, très "directe" et qui aime "que les choses soient dites".
Il faut "se mettre autour de la table" et "réfléchir à la meilleure solution" devant cet état de fait.
Car elle se sent "redevable de l'argent public", financements d'ailleurs précieux dans cette conjoncture "contrainte".
Ce qu'elle demandera à l'Etat ? Un financement "plancher", pour avoir "de la visibilité".
Pour le reste, elle a l'intention de s'appuyer sur les forces du groupe, "sa présence territoriale", "un réseau assez fantastique" qui permet de commercialiser "des téléphones, des produits assurantiels, des prêts à la consommation, immobiliers", etc.
Mais aussi sur la fierté des postiers à travailler pour la maison, qui permet de longues carrières avec un "ascenseur social" et de la "mobilité".
Par ailleurs, la première femme à diriger La Poste, mère de trois filles et grand-mère de deux petites-filles, mettra un point d'honneur à "pousser" le sujet de la parité dans l'entreprise, tout en saluant "le travail qui a déjà été fait".
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